La mise en place des premiers internats d’excellence: rapport de l’IGEN de juin 2011

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Internats excellenceParmi les rapports de l’IGEN gardés sous coude par le précédent ministère, on comptait celui relatif aux internats d’excellence.
Enfin publié, même avec un an de retard, le rapport sur une des mesures-phare et médiatiques  de la présidence précédente, s’éloigne du discours dominant pour faire un état des lieux honnête d’une mesure coûteuse.

Revenons en arrière: les internats de réussite éducative, véritable courte échelle pour bien des élèves, étaient morts de leur belle mort le 31 décembre 2009, au terme du plan quinquennal Borlo (programme 16 de la loi de programmation sur la cohésion sociale)
Et remplacés par des internats dits d’excellence et par des places « labellisées » excellence dans des internats ordinaires.

Les rédacteurs du rapport pointent en passant une difficulté sémantique: « L’internat d’excellence, ce point est essentiel, n’est pas un internat destiné à accueillir des élèves excellents, mais un internat qui vise l’excellence pour les élèves qu’il accueille. » En effet, ce terme d’excellence est souvent source de malentendus: les familles veulent consommer de l’excellence et les enseignants s’étonnent du profil scolaire de certains élèves « excellents ». On finit par utiliser à l’oral comme à l’écrit les guillemets pour entourer cette vision de l' »excellence » qui oscille entre l’égalité des chances et  les images de Sourdun devenu en quelques mois et reportages le nouvel Epinal de l’excellence.

Le rapport explicite la distinction entre anciens IRE (internats de réussite éducative) et excellence d’aujourd’hui:

« Il se distingue de l’internat de réussite éducative, puisqu’il s’adresse à des jeunes motivés et désireux d’apprendre, alors que l’IRE accueille des élèves qui éprouvent des difficultés à se plier aux exigences de la scolarité. »

« L’opération est coûteuse, tant  en investissement qu’en fonctionnement ou en personnels » (p.14)
Pour exemple, à Sourdun,  « la dépense de fonctionnement est de l’ordre de 10 000 € par interne (toujours hors masse salariale) » (p.23). A Barcelonnette, il est de 4500€ par an et par interne.

Le recrutement sur dossier-papier des internes dits d’excellence pose également question, avec l’évocation de « mensonges éhontés »:

« L’attitude des établissements d’origine n’est pas toujours correcte à cet égard et certains dossiers présentés n’ont pas la sincérité souhaitable. Le recrutement sur seul dossier a parfois conduit à inscrire certains élèves peu motivés et quelques autres envoyés par des établissements désireux de « se débarrasser des perturbateurs » à tout prix, quitte à présenter des dossiers insincères » (p.32)

L’excellence prend du temps! Au risque d’imposer un emploi du temps de ministre aux élèves concernés:

« Le constat est général : l’organisation du temps scolaire et périscolaire, structurée en plages successives d’activités obligatoires, est très contraignante. Par souci de performance, par crainte peut-être d’une mauvaise utilisation par les internes de leur temps libre, les adultes, animés d’intentions louables, leur proposent ou leur imposent des activités souvent très denses, au risque d’ailleurs d’induire une confusion entre les exigences scolaires et les exigences périscolaires. » (p.34)

Le rapport regrette que le prétexte de l’excellence n’ait pas été saisi pour promouvoir l’innovation pédagogique:
« Si l’innovation pédagogique ne constitue pas un but en soi, si elle n’est pas davantage l’objectif premier des internats d’excellence, elle pourrait être un moyen privilégié de leur action. Or, il semble que les équipes préfèrent s’en remettre à des méthodes éprouvées et que les internats d’excellence ne constituent pas, pour l’instant en tout cas et comme on aurait pu l’imaginer, des creusets d’innovation » (p.36)

Parallèlement, pour utiliser la métaphore des 3/8, l’équipe de jour ne connaît pas toujours le fonctionnement de celle du soir qui est peu au fait de celle de la nuit….

« Les équipes enseignantes et éducatives fonctionnent souvent chacune sur sa logique propre, ce qui ne peut manquer de nuire à la qualité du travail pédagogique d’accompagnement. Concrètement, les actions éducatives conduites par les personnels de « la vie scolaire » sont peu connues dans l’établissement et, inversement, les actions pédagogiques ne sont pas connues des équipes de vie scolaire. Il n’est même pas certain que tous les enseignants aient jamais effectué une simple visite à l’internat de leur établissement » (p.39)

 Le mot de la fin?

« La première est celle de la pérennité des internats d’excellence tels qu’ils fonctionnent aujourd’hui. C’est tout l’enjeu de la « soutenabilité » d’une opération qui a pu bénéficier, dans le cadre des investissements d’avenir, de moyens exceptionnels mais que leur caractère d’exception, précisément, fragilise » (p.55)
Les rapporteurs suggèrent que le relais soit passé aux collectivités territoriales  pour ce qui concerne le nerf de la guerre: l’argent. Il est écrit relais et non partenariat, le mot est important comme toujours.

Avec ce bémol: « À cet égard, rien n’est joué, car la légitimité même de l’internat d’excellence, on l’a vu, est loin de faire consensus parmi ces partenaires. »

 

La mise en place des premiers internats d’excellence, rapport IGEN, juin 2011: http://media.education.gouv.fr/file/2011/56/5/2011-057-IGEN-IGAENR_215565.pdf

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