Et s’il y avait eu une CPE entre Joey Starr et Gilles Verdez ?

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La brouille, le départ en cahuètes, l’embrouille, le « Madame y m’a clashé », entre Joey et Gilles a été twitté, facebooké, relayé mille fois sur les réseaux sociaux mais finalement, ces deux-là sont toujours brouillés parce qu’AUCUNE Cpe n’a été appelée à la rescousse. (oui je dis CPE au féminin, et alors?)

J’aime bien Joey, je préfère Kool Shen, dont le pseudo aide peut-être à ce qu’il dégaine moins sa main quand il est vénèr mais bon. J’ai même leur album « J’appuie sur la gâchette » de 93 (l’année!) . Donc ce n’est pas un billet sponsorisé par Hanouna. Je l’avoue, je préfère NTM à TPMP. Et de loin.

Le spectacle était supérieur à la solution, forcément. Ok Joey a twitté une image et une légende qui laissent penser que ok, on va laisser tomber tout ça. Mais rien n’est explicite. Histoire d’orgueil de gamètes, je suppose.
Mais c’est un cas d’école pour la « technique à bibi », ma technique « paperboard », dont je me servais pour chercher à démêler le vrai du faux, le ressenti de l’émotion, pour donner une chance au vivre ensemble (faut toujours le caser, lui), quand deux mini-portions de 6ème en général s’étaient foutus sur la gueule un peu pour de vrai, parce que « il m’a dit ça », « non il m’a dit ci », « alors je l’ai tapé » (en général, ils ajoutent « un peu ») et l’autre « et moi alors, je l’ai (un peu) poussé ». Il y a presque toujours un détour par « il a traité ma mèèèèèère-eu » et un « espèce de mytho, vas-y eh ». Dans le Nord, l’insulte qui revient souvent c’est cassoss ou pouilleux, je sais pas chez vous.

Pour améliorer ma productivité dans le cadre de la LOLF (mais siiiii, le truc qui mesure tout, même ce qui n’est pas mesurable, et vous met des pouces bleus si c’est ok), et parce que surtout, j’avais envie de sortir du dialogue de sourds, j’ai piqué un paperboard au GRETA (ok, il n’était pas vraiment à eux, j’ai décidé qu’il serait à moi) et inauguré la « méthode paperboard ». Testons-la sur Joey et Gilles.

Pour la mise en bouche, un exemple du temps où j’étais encore CPE (puisque depuis 6 mois, j’ai émigré en Belgique pour avoir la paix….c’est raté, mais bon, et que j’ai une belle carte « d’étrangère »):

Pour cela, il vous faut:

  • Deux élèves qui se sont foutus sur la g… mais sans dommages physiques

  • Le paperboard piqué au GRETA et sa recharge en papier

  • Deux marqueurs épais

  • La certitude que chaque élève a sa part de responsabilité dans l’embrouille (ce qu’on détermine souvent quand on les ramène au bureau par la peau du cou parce qu’ils parlent beaucoup et continuent leur cirque devant vous)

  • Une petite demi-heure devant vous, genre vous n’aviez rien de prévu et c’était limite bore-out comme on dit

 

1ère phase: la consigne donnée aux élèves:
Ecrire chacun dans leur colonne, en commençant leurs phrases par « je » (parce que le « tu tue »)  (Je sais, là, Joey aurait dit « qwa? c’est kwa c’te nawak de tutu, on est pas Danse avec les stars, eh oh »). Ce qui s’est passé, ce qui s’est dit. Ok, je sais, mon intro « ce que j’ai dit ou fait de mal » est un peu cucul, mais j’assume.

technique paperboard

 

 

Dans la première phase, celle de l’écriture par les élèves, côte à côte devant le paperboard du GRETA, c’est le « recueil de données ». Pourquoi exiger le « je »? Parce que sinon on ne sort pas du « tu m’as traité », « tu m’as tapé ». Et c’est une longue liste de récriminations concernant l’autre. Je re-précise qu’il faut être sûr que les responsabilités dans la dispute sont partagées.  Et la CPE en arbitre, presque en Salomon ou Louis IX, qui serait sommée de dire qui a tort et qui a raison.

Que nenni. On va démêler le tout à trois, dis-donc. Je n’ai pas de chêne à disposition et couper en deux, ça me débecte. Je n’arrive pas à le faire à un poulet, alors à des nenfants?

2ème phase:
On cherche ensemble le déclencheur, ce qui a fait que d’un monde de bisounours, le mien, on a basculé dans un univers où la baffe est la règle de communication. Pour cela, en zigzaguant d’une colonne à l’autre, il faut reconstituer la chronologie et remonter à l’origine du Big Bang, bref, à se rapprocher du mur de Planck. Et paf. Avant, on sait pas, après, c’est le gros nawak. Donc la CPE va faire passer le Mur de Planck avec grande distinction. Pour autant, est-ce que ça va s’arranger….On cross les fingers.

On finit par retrouver le chemin qui a mené de A à Z: dans le cas de mes deux minots de 6ème, c’était le premier qui disait « Isabelle, Isabelle » au second que ça énervait (c’est le prénom de sa mère), qui pensait que c’était une manière de l’insulter, et que finalement ça a fini en je te pousse, tu me pousses, avec une table qui a bougé aussi du coup. Bref.
Là dessus, je vous laisse finir le taf entre les deux gamins. (En général, les phases 1 et 2 étant passées, les deux loulous se tapent gentiment sur l’épaule, vous disent d’un air affligé « on s’connaît depuis le CP » ou « on fait du foot ensemble depuis 2 ans », ou encore « sa tante c’est ma marraine en plus ».)

Là, vous vous faites un café.

The clash des deux 6èmes: et si on tentait la méthode avec Joey et Gilles, mmh?

Concernant nos deux grands gaillards de la télé, la situation est un peu différente et je ne devrais pas utiliser le paperboard puisqu’un des pré-requis manque à l’appel: il y a eu un dégât physique, l’arcade sourcilière du Gilles ayant morflé.  Mais soyons fous, appliquons la méthode paperboard à nos deux sympathiques du moment.

Je dois dire que le Gilles qui déboule avec sa pizza d’on ne sait où, et sa perruque de travers, en plein plan Vigipirate à D8, ça le fait quand même. Quand on critique les Belges pour leurs badges donnés à n’importe qui à l’aéroport, on évite ce genre de plaisanterie.

Imaginons le paperboard des deux bonshommes:
Gilles: c’était pour rire, je voulais rigoler et lui offrir une pizza, et puis aussi lui faire un bisou. C’était une blaaaaaaague. Je lui ai tapé sur l’épaule, je ne savais pas qu’il avait mal depuis la veille, le chaton.
Joey: y m’a gonflé…

(Non Joey, tu dois t’exprimer en « Je », car le tu tue.)

Joey: (mdr) je me suis grave énervé, j’ai eu mal à mon épaule, je n’ai pas aimé qu’il essaie de m’embrasser… Je lui ai foutu une tarte, une petite, hein. J’y peux rien s’il marque vite.

Là-dessus, on peut expliquer au Gilles que se précipiter comme ça sur le canapé de quelqu’un, c’est comme entrer dans sa bulle, que personne ne supporte cela, la preuve en métro, et qu’une distance raisonnable est nécessaire dans les interactions humaines. Qu’il aurait pu, s’il tenait vraiment au canapé, demander à distance respectable (surtout avec Joey, on double la distance): Joey, veux-tu bien que je m’assoie quelques secondes à tes côtés pour que je t’offre cette modeste pizza?
On peut aussi dire à Joey d’exprimer autrement son mécontentement, genre, veux-tu bien sortir de ma bulle? Parce que sinon, je t’en colle une (ok, il a parlé en je, on laisse passer).

 On reste sur sa faim quand même parce que l’un a toujours mal au crâne depuis, dit-il et Joey a balancé un panneau sur Instagram: on ne sait pas qui ne recommencera pas, ni quoi effacer, mais bon. Excuses d’adulte ne cassent pas trois pattes à un canard. Gamètes un jour, gamètes toujours.
excuses de joey starr

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