Handicap et incendie: que faire en cas d’évacuation d’urgence?

Filed under: Elèves handicapés |

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer ici par une anecdote personnelle.
Au mois d’août 2007, mon mari Philippe (qui se déplace en fauteuil roulant) et moi avons passé quelques jours à Strasbourg et occupé une chambre dans un hôtel Ibis, au 5ème étage.
Une nuit, vers 5 heures, mon mari me secoue: eh oui, je n’avais même pas entendu l’alarme-incendie!
Peu réveillés, mais quand même capables d’un peu de réflexion, nous avons trouvé le moyen de tergiverser: Philippe me disait de descendre comme les autres clients de l’hôtel (que nous entendions d’ailleurs dans les escaliers) et de signaler, une fois arrivée au rez-de-chaussée, que lui, attendait sagement au 5ème étage…dans le cas où l’alarme était une vraie alarme!
Je lui répondis qu’il n’était pas question de  descendre seule, puisque je savais bien qu’on m’interdirait de remonter, une fois l’information (lui attendant toujours sagement au bord du lit) donnée.
Et Philipe de rétorquer que non, la raison commandant que les pompiers soient avertis de sa présence au 5ème.
Et moi de préférer rester, quitte à « manifester ma présence aux fenêtres » comme il était expliqué sur les consignes affichées sur la porte de la chambre.
Le temps passait, les clients étaient tous au rez-de-chaussée, sauf nous! J’avais quand même pris le temps de m’habiller pour avoir un air un peu digne, au cas où un pompier frapperait à la vitre, du haut de sa grande échelle.

Finalement, ce ne fut qu’une alerte, un problème de batterie, comme nous l’expliqua en courant, le gardien qui passait sur le palier.

 

Cette petite histoire m’a donné à réfléchir, de la même manière que j’ai frémi aux images de ce Boeing ayant amerri sur l’Hudson: comment aurions-nous fait?

Hudson River

J’ai quelques idées sur la manière de faire, sachant que l’impréparation est peut-être plus dangereuse que le danger lui-même.

 

J’en viens donc au sujet principal de ce billet.

 

En cas d’évacuation d’urgence des bâtiments (alerte incendie, mais aussi panne d’ascenseur, panne de courant), avez-vous songé à un protocole d’évacuation des élèves handicapés moteur?
En cas d’alerte-incendie, comment mettre en sécurité un élève quand l’usage des ascenseurs est interdit?

 

En 2006, l’Observatoire national de la sécurité des établissements scolaires et d’enseignement scolaires publiait un Guide de réflexion sur l’évacuation et la mise en sécurité : les équipes y étaient invitées à établir un protocole d’évacuation personnalisé des élèves handicapés. Pas de solution toute faite, mais la nécessité de penser  la meilleure manière de mettre chacun en sécurité.

 

Des pistes sont néanmoins proposées:
Si l’élève handicapé moteur se trouve à l’étage au moment de l’évacuation, il peut être prévu:
– un transport à bras;
– un transport par chaise d’évacuation;
– un accompagnement si l’élève dispose d’une certaine mobilité 

 

Dans les deux premiers cas, le guide rappelle utilement les précautions à prévoir:

– faire valider le type de transport par un avis médical;
– tenir compte du poids, du handicap, de la souplesse et la force musculaire de l’élève porté, ainsi que des aptitudes physiques du porteur;
– tenir compte de la largeur des escaliers, du nombre d’étages à parcourir…
– ne pas oublier de faire descendre le fauteuil également!

 

Si l’établissement préfère la solution de la chaise d’évacuation, veiller à :

– obtenir l’acquiescement de l’élève transporté de la sorte;
– s’entraîner régulièrement au maniement de la chaise;
– choisir un lieu où entreposer la chaise d’évacuation;

 

Les rapports suivants de l’ONS retiennent les mêmes idées.

Si la solution la plus évidente n’est pas retenue (organiser les cours au rez-de-chaussée) et ce, pour de multiples raisons sur lesquelles je ne reviendrais pas ici (salles spécialisées etc), il reste encore quelques pistes à explorer, comme les chaises d’évacuation d’urgence. Elles ne sont pas la panacée (où et comment les stocker) mais permettent d’éviter la solution du confinement.

 

Evac+Chair

Il en existe deux types de modèle: celui qui nécessite un transfert (passer du fauteuil roulant à la chaise d’évacuation), celui qui n’en nécessite pas.

chaise_euromove

chaise_euromove_pliee

La chaise se range pliée contre un mur. Problème auquel il faudra penser: où la positionner dans un vaste bâtiment, faut-il en prévoir plusieurs?

Ces sièges d’évacuation ( 4 modèles) qui intéresseront en premier les collectivités ne sont pas remboursés par la sécurité sociale. Les prix varient de 1400 Euros TTC pour le modèle de base “300H” à 1900 Euros pour le modèle haut de gamme “IBEX 700H”.

Informations complémentaires et commandes disponibles sur le site officiel Evac_Chair.

 

Enfin, l’évacuation concerne aussi d’autres types de handicap que les EPLE ordinaires sont de plus en plus amenés à accueillir: le handicap moteur ne constitue pas la seule difficulté pour une évacuation: le déficit cognitif peut entraîner des troubles de l’orientation ou un accès de panique;  le handicap visuel peut nécessiter une aide si le trajet d’évacuation n’est pas familier; la déficience auditive devra être particulièrement prise en compte en internat par exemple.

 

Je n’aborde pas ici une autre solution possible, « l’évacuation différée » qui induit une mise en attente dans un « espace d’attente sécurisé » défini comme suit par l’arrêté du 24 septembre 2009, un espace:  à l’abri des fumées, des flammes et du rayonnement thermique. Lui sont « équivalents », d’autres espaces, définis par le même arrêté: par exemple, « un espace à l’air libre de nature à protéger les personnes du rayonnement thermique pendant une durée minimale d’une heure« . Je n’en parle pas volontairement car je considère très sérieusement qu’il s’agit juste d’abandonner des enfants …en attendant mieux.

 

Sécurité, handicap et incendie: http://www.handimobility.org/blog/?p=2903

Le guide de réflexion d’évacuation et de mise en sécurité: ftp://trf.education.gouv.fr/pub/edutel/syst/ons/accueil_handicap2006.pdf

Le rapport ONS 2009: http://media.education.gouv.fr/file/ONS/22/6/rapport-ONS-2009_137226.pdf

Le rapport 2010 de l’ONS: http://ons.education.gouv.fr/ONS-Rapport-2010.pdf

Société Euromove: http://www.euromove.be/

Be Sociable, Share!

2 Responses to Handicap et incendie: que faire en cas d’évacuation d’urgence?

  1. merci de ton intérêt!
    il n'y a pas de solution toute faite pour l'instant. Il existe bien des ascenseurs spécialement conçus, utilisables en cas d'incendie (cage résistant au feu, passage désemfumable pour y accéder) mais je suppose pour un prix de fou, comme tous les produits de "niche". Et le handicap en est une fameuse!
    il y a aussi des systèmes d'évacuation depuis le toit, genre cabine d'ascenseur qui court le long de la façade.

    enfin, les espace d'attente nécessitent des adaptations et du matériel stocké: de quoi communiquer avec l'extérieur, un confinement digne de ce nom car dans un incendie, on succombe d'abord à cause de la fumée, et non du feu.
    les élèves concernés doivent être informés du protocole d'évacuation prévu. En cas "d'évacuation différée", un enfant, un ado est donc mis au courant qu'il va être dirigé vers un de ces espaces et qu'il y attendra. Psychologiquement, il gère ça comment?
    je sais bien, car on va m'opposer ce qui suit, qu'il n'est pas question de mettre peut-être d'autres personnes en danger, à vouloir faire une évacuation dans le flot des autres personnes, coûte que coûte.
    Certains enfants ne peuvent être portés facilement, du fait de leur pathologie.

    je pense qu'il faut vraiment anticiper au maximum, prévoir toutes les possibilités, pour être (presque) prêt en cas de gros problème.

    gabriellecpe
    26 avril 2011 at 21:32

  2. Merci de nous faire partager cette réflexion très intéressante. En effet, tant que nous n'y sommes pas confronté directement, et tant que le(s) handicap(s) ne seront pas encore une évidence, on ne pense pas à anticiper!
    Voilà des pistes à explorer et à mettre en oeuvre au plus vite dans nos établissements!

    miralb
    26 avril 2011 at 18:51