La CPE fait des miracles
Même si, laïcité oblige, il vous est interdit de commettre des miracles, l’absence de poste d’infirmière à temps complet dans votre établissement vous obligera à faire quelques efforts.
Pour faire un miracle, il vous faut: un point d’eau, un regard douloureux, un petit stock de phrases à prononcer d’un air plein de compassion.
L’eau fraîche vous sera utile dans bien des cas: brûlures évidemment (vous n’avez pas oublié vos cours de premiers secours, j’espère?!) mais le cas n’est pas fréquent. L’élève non doté d’une montre comptera calmement jusqu’à 600 sous le jet du robinet.
La migraine résiste peu à des aspersions d’eau fraîche, toujours sous le robinet. Pour rendre l’exercice plus ludique, dites aux garçons de s’imaginer être le beau gosse de la pub, qui se donne de grandes claques avec son after-shave favori. Aux filles, je ne sais pas.
Conseillez tout cela en arborant une mine douloureuse et pleine d’empathie.
»Madame, j’ai mal à la tête, vous sera dit sur un ton de moineau plaintif. »
Donc, vous, mine embêtée: « ah la la, on n’a pas d’infirmière, tu sais. Tu as si mal que cela? Tu as bien mangé ce matin? ce midi? hier soir? TU ES SÛR???
»Bon (ayez l’air de réfléchir intensément), tu as pensé à te passer le visage sous l’eau fraîche? Ca fait souvent beaucoup de bien. (ayez l’air convaincu, c’est pas le moment d’avoir envie de rire ou de soupirer d’un air agacé).«
Plus tard, en voyant le gamin migraineux courir d’un air joyeux, vous direz: « aaaaaaaaaaaaaaaaaah, mais ça va mieux, je vois« .
Au résistant à l’eau fraîche, manière antibiotiques, gardez votre air douloureux, froncez les sourcils et dites, en détachant les syllabes: « tu as…vrai-ment mal? mal com-ment? de 1 à 10?«
A celui qui prétend être à 10 mais est bien debout devant vous, reformulez: « attends, réfléchis, 10, ça veut dire se tordre de douleurs. ». Le gamin fait une mine déconfite. Ben non, il ne se tord pas de douleurs, le pauvre.
Changement de stratégie: proposez un gateau. « Je suis sûre que tu n’as pas assez mangé, prends ce gateau. »
J’ajoute souvent: « on va attendre un peu et voir comment cela évolue ».
Le gamin avale le gateau, un peu content, mais trouve que ça devient longuet tout ça.
Après un temps d’observation, demandez: « ça s’est aggravé?« . S’il dit non, d’un air réjoui, proclamez: « ben voilà, fallait juste manger un bout, tu vois? » S’il dit oui, repassez à l’étape de l’eau fraîche.
Bien sûr il a toujours mal mais…..avec tout ce bazar, vous avez déjà gagné une heure.
Le plus patient gagne la partie.
Miracle ô miracle.



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