Technique de Sioux

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Ou comment passer les coups de téléphone quand on débute…

La quête des motifs d’absence est la croix du CPE : il y a bien longtemps (séquence « de mon temps, hein… ») déjà que les parents oublient régulièrement de prévenir d’une absence de leur petit, qui est parfois un grand bazar, à l’allure dégingandée.
En tant que « jeune » CPE, vous risquez de commettre quelques erreurs.
D’abord, l’exercice de vos fonctions dans un grand établissement vous jettera dans d’autres abîmes que celui de la négligence parentale.
A moins de vous transformer en antenne SFR, vous ne pourrez jamais, jamais choper au vol tous les appels téléphoniques destinés à vous prévenir de telle ou telle absence. Et quand la concierge, le surveillant, la secrétaire oublieront de vous passer le message de Madame Machin, comme quoi, il ne viendra pas car « il a été en diarrhée toute la nuit », vous risquez un bel accueil de Mme Machin quand vous l’appellerez : pensez donc, elle n’a pas fermé l’œil de la nuit, elle ! et vous venez lui demander pourquoi le gamin n’est pas en cours. Mais bon sang, vous dira-t-elle, vos services ne communiquent pas entre eux ? mmh ? et là, vous avez vraiment l’impression de bosser au Pentagone, avec des centaines de téléphone, des lignes rouges, des employés qui décrochent, notent, raccrochent et vous au milieu de cette agitation, en chien dans un jeu de quilles.
Bref….

Il y a une solution.

Je l’ai trouvée par hasard à mes débuts de CPE.
Un jour d’épreuves communes pour les 1ères, le proviseur m’a demandé, l’imprudent, de téléphoner à toutes les familles des absents, pour un niveau  dont je n’avais pas la charge. Travail sans filet, merci chef, avec des familles, des élèves que je ne connaissais pas, des motifs peut-être déjà annoncés, des absences prévues. Et  la collègue CPE responsable de ce niveau, absente aussi, qui bossait encore sur cahier à colonnes avec moults signes cabbalistiques : illisible, inexploitable pour qui n’avait pas été initié.

Et à une dame, j’ai dit : « bonjour, c’est la CPE Machine du Lycée, je viens prendre des nouvelles de… ». Et là, petit miracle de la « relation de confiance », instantanément construite, la dame fond de reconnaissance : « ooooooh, comme c’est gentiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiiil. Elle sort juste de la salle d’opération. C’est vraiment gentiiiiiil de téléphoner !!! ».
Moi, oups, prenant le train en marche, je m’accroche aux branches et joue sur du velours : « et ça s’est bien passé ? ». Puis, redevenant pragmatique et professionnelle : « il est prévu qu’elle rentre quand à la maison ? mmh ? »

Depuis, à mon registre,  j’ai gardé cette phrase salvatrice : imparable dans tous les cas. La mère peut bien avoir prévenu une heure avant  la concierge qui  pensait vous donner le bout de papier, mais non, vous étiez au pipi-room, vous n’étiez pas dans votre bureau, bref…..la honte n’est jamais sur vous avec cette phrase-fétiche.

Autre cas : la mère n’a pas prévenu …car elle n’était elle-même pas au courant (tiens, du coup, vous vous sentez moins seul aussi !). Dans cette situation, à la suite de votre phrase bétonnée, vous entendez comme un blanc et puis une voix hésitante, quelque chose qui ressemble à :  « comment ? mais….euh…. ». Et votre sadisme de surgé refoulé éclatera dans une exclamation : « comment, vous ne savez pas qu’il n’est pas en cours ? »
A ce stade, personne n’est plus avancé que ça : où est le gamin ?
Mais l’honneur est sauf.

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