Circulaire n° 82-230 du 2 juin 1982
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Circulaire n° 82-230 du 2 juin 1982
Texte adressé aux recteurs, aux inspecteurs d'académie, directeurs des services départementaux de l'Education nationale et aux principaux de collèges.
Objectifs pour la vie scolaire dans les collèges.
Les textes qui suivent et les propositions qu'ils présentent ont l'ambition d'offrir aux collèges des responsabilités nouvelles pour préparer la mise en oeuvre des décisions que le ministre sera amené à prendre à l'issue des travaux de la commission Legrand. Leur succès dépendra en effet largement du climat que l'on aura su instaurer préalablement dans les établissements.
Ces textes se situent dans un cadre juridique qui est appelé à être modifié ultérieurement pour tenir compte des réflexions en cours sur l'avenir des établissements publics décentralisés d'enseignement ; ils ont pour objet :
1 De permettre dès la rentrée 1982 des initiatives et des innovations au sein des établissements dans le domaine de la vie scolaire sans préjuger des modifications plus générales concernant à la fois l'organisation des établissements et la didactique des disciplines qui pourraient résulter des travaux actuels ;
2 D'inciter, dans cet esprit, tous les partenaires à engager une action éducative. L'efficacité des moyens qui pourront être mis en oeuvre dans ce domaine est, en effet, fonction d'une concertation préalable et de la capacité au niveau de chaque établissement de dégager des objectifs communs.
Le collège a une tâche éducative spécifique : donner aux élèves le sens du travail individuel ou de groupe, de la vie collective et associative, de la responsabilité et de l'engagement, qui conditionnent non seulement la réussite scolaire mais la formation de la personnalité de chacun.
Des possibilités d'action sont donc proposées aux personnels des collèges, quelles que soient leurs responsabilités, dans un but défini : développer un esprit de vie collective par une évolution des rapports et des comportements, par de nouvelles conditions de travail et par l'instauration d'un climat de communauté scolaire.
Au collège, l'épanouissement de chaque adolescent, c'est-à-dire la formation progressive de sa personnalité avec toutes ses composantes dans ce qu'elles ont de positif et de porteur d'avenir, doit être considéré comme la principale finalité de l'action éducative. Il faut donc rechercher et créer des conditions de vie scolaire qui permettent de répondre à cette finalité ; ceci exige de conduire simultanément, et de manière cohérente, une action pédagogique et une action éducative complémentaires.
Le collège où sont réunis à la sortie de l'école élémentaire tous les jeunes en scolarité obligatoire constitue une société complexe et diversifiée dans laquelle s'insèrent également les adultes, quelles que soient leurs fonctions. L'équilibre de cette société est difficile à réaliser. Il dépend largement des relations qui auront pu s'instaurer entre les jeunes et les adultes et qui doivent concilier les exigences du travail, de la communication et du dialogue.
Le rôle des adultes - et au collège tout adulte est éducateur - revêt alors une dimension nouvelle dans un climat de vie collective où l'on apprend à respecter le rôle et l'identité de chacun.
Dans une telle politique éducative, le chef d'établissement est impliqué avec toute sa responsabilité ; mais il ne peut agir efficacement qu'avec le concours de son équipe : le principal adjoint, le gestionnaire, le conseiller d'éducation, le directeur adjoint responsable de la SES, le documentaliste-bibliothécaire. Avec leurs responsabilités spécifiques, ils constituent une véritable équipe d'animation au sens de la communauté scolaire. Sans doute une telle équipe (à laquelle s'associe le personnel d'administration, d'orientation, de surveillance, de service et médico-social) n'existe-t-elle pas dans tous les collèges avec une telle composition ; mais tous ceux qui ont en charge la vie collective du collège, d'une manière ou d'une autre, doivent travailler en équipe dans le cadre d'une action éducative concertée ; les tâches administratives ne doivent pas être considérées comme une fin en elles-mêmes mais comme le support de cette action éducative.
Celle-ci, pour être efficace, relève d'une réflexion et d'une concertation conduites non seulement au sein de l'équipe elle-même, mais avec tous les partenaires de la vie éducative - enseignants, non enseignants, parents ; on aura le souci de préserver la continuité entre le milieu familial, le milieu local et le milieu scolaire par l'ouverture du collège sur l'environnement et la prise en compte de ce que peuvent apporter le monde du travail et le monde associatif.
Afin de promouvoir cette réflexion et cette concertation, il est proposé un ensemble d'actions destinées à donner sens à la vie scolaire du collège.
On ne peut ignorer les contingences propes à chaque établissement (personnels, architecture, implantation géographique et environnement, transports), mais la prise en compte de toutes les difficultés et insuffisances ne saurait exclure, en matière de vie scolaire et d'action éducative, l'innovation et la créativité.
Rappelons enfin que chaque élément de la personnalité de l'élève concourt à son accomplissement ; c'est pourquoi il est indispensable que l'action s'adresse à l'adolescent dans sa globalité, prenant en compte en particulier, dans le cadre de la vie scolaire, les besoins affectifs, le besoin d'action et le besoin d'autonomie, essentiels chez tous les jeunes.
L'analyse de ces besoins conduit à préconiser les axes d'action éducative suivants :
1. INSERTION DE L'ÉLÈVE DE SIXIÈME DANS LA SOCIÉTÉ DU COLLÈGE
L'accueil de l'élève entrant en Sixième, sa mise en relation avec les adultes du collège et sa connaissance des lieux, des rythmes et des méthodes correspondent à une nécessité affective ; il faut faire en sorte que très vite l'élève de Sixième se sente à l'aise dans la société du collège à tous les points de vue.
Tout ce qui a été fait et tout ce qu'on a pu prévoir pour préparer cette intégration par une liaison efficace CM2-Sixième conserve sa valeur et est maintenu.
Mais il est proposé, à titre indicatif et parmi d'autres modalités d'accueil, pour la rentrée 1982, une procédure d'intégration de l'élève de Sixième sous une forme qui, là où elle a été vécue, a donné d'excellents résultats :
La première journée de l'année scolaire est spécialement réservée aux élèves de Sixième selon une organisation qui, étudiée et mise au point minutieusement en juin, donnera à cette journée de rentrée toute son efficacité avec la participation active des adultes concernés : membres de l'équipe d'animation (responsables de cette journée), professeurs des classes de Sixième regroupés en équipes pédagogiques autour du professeur principal, personnel d'éducation, de documentation, d'administration, médical et social et de service, parents d'élèves : les élèves eux-mêmes seront représentés, par exemple, par des responsables des classes de Sixième de l'année précédente.
La chronologie et l'organisation de cette journée devront être préparées avec soin, en liaison avec le conseil d'établissement. Il s'agit de permettre à chaque groupe ou équipe d'accueillir les enfants en tenant compte en particulier de l'appartenance d'un même professeur à plusieurs équipes, des problèmes de circulation et des réunions successives.
Chaque classe de Sixième est reçue :
Par l'équipe d'animation ;
Par son équipe pédagogique ;
Par les parents et leurs représentants ;
Par des responsables-élèves.
Elle visite, par exemple sous la conduite de ces derniers, les locaux de l'établissement où les accueillent les personnels concernés :
« Service vie scolaire » et salles d'étude avec les SE ;
CDI avec le documentaliste ;
Internat avec les MI ;
Cuisine et salle à manger avec les agents de service ;
Locaux du service médico-social.
Il est souhaité que les agents chargés de l'entretien participent à cet accueil et expliquent leur travail aux élèves.
En fin de journée, l'objectif est atteint si l'élève de Sixième ne se sent pas étranger, ni perdu, ni isolé dans son nouvel établissement ; le lendemain, l'élève de Sixième n'est plus tout à fait un nouveau et commence à travailler dans les meilleures conditions.
Soulignons l'intérêt que présenterait la remise à chaque élève de Sixième en fin de cette première journée d'un carnet d'accueil conçu en fonction de l'action éducative que nous venons de proposer de préférence à celle du règlement intérieur traditionnellement annexé au carnet de notes.
Au-delà de cette action, qui peut être déterminante pour la classe de Sixième et la suite de la scolarité, l'accueil de l'élève représente une politique continue qui associe tous les adultes de la collectivité scolaire attentifs aux enfants en liaison avec les parents.
Point de départ de l'action éducative au collège, cette intégration de l'élève de Sixième trouve son prolongement naturel dans un apprentissage élaboré et concerté de la responsabilité tout au long de la scolarité.
2. APPRENTISSAGE DE LA RESPONSABILITÉ
Il s'agit de répondre au besoin d'action et de formation ; il est évident que, sur les quatre ans de scolarité au collège, nous serons conduits à distinguer deux phases ou deux aspects de cette action éducative nécessairement progressive en Sixième et Cinquième d'abord, puis en Quatrième et Troisième ensuite.
Une telle distinction, qui se justifie surtout par la commodité, n'est ni un impératif, ni l'expression d'une conception.
Il ne faut pas perdre de vue que l'apprentissage de la responsabilité est également vécu dans la classe à travers les méthodes pédagogiques utilisées par les enseignants et les actions du conseiller d'orientation.
a) EN SIXIÈME ET CINQUIÈME
En liaison avec les autres partenaires de l'action éducative, en particulier les enseignants, le conseiller d'éducation pourra être le maître d'oeuvre de cette action, à laquelle il associera les surveillants d'externat.
L'objectif est d'apprendre aux élèves de Sixième et Cinquième, au-delà des acquis de l'école élémentaire, à assumer des responsabilités dans le cadre de la classe ou d'un groupe et de créer ainsi un état d'esprit qui devrait assez vite modifier le climat du collège.
L'enthousiasme des jeunes, leur volonté d'agir, leur désir d'être utiles peuvent être les moteurs d'une telle action dont l'aboutissement devrait être, en fin de Cinquième, l'aptitude de l'élève à se prendre en charge dans le cadre de la vie scolaire.
Une telle action éducative peut se situer en deux domaines privilégiés.
La responsabilité « délégué-élève »
Les délégués-élèves correspondent à une institution qu'il faut faire vivre d'une manière très effective et qui constitue l'occasion première de l'apprentissage de la responsabilité.
Sous l'autorité du principal, en liaison, là encore, avec les enseignants et en particulier avec le professeur principal, le conseiller d'éducation - ou celui qui en fait fonction - doit élaborer et mettre en place une méthode de formation des délégués.
Ceux-ci devraient être réunis régulièrement, si possible mensuellement ; apprendre aux délégués à participer à un débat, à conduire une réunion, à la préparer avec leurs camarades, puis à rendre compte, apporter au conseil de classe une participation effective et positive, tels peuvent être les points essentiels de cette formation.
Un réseau de responsabilités variées
On peut concevoir un réseau ou un ensemble de responsabilités assumées, à tour de rôle, par les élèves de Sixième et Cinquième qui regrouperait, par exemple, pour chaque classe :
Les responsables administratifs de la classe ;
Les responsables du foyer socio-éducatif ;
Les correspondants du CDI ;
Les correspondants de l'association sportive ;
Les responsables de la demi-pension ;
Les responsables de l'internat (le cas échéant).
Toutes ces responsabilités peuvent être définies, mises en place et confiées à des élèves.
D'autres activités, telles que l'aménagement des locaux (dans le cadre des PAE), l'organisation de sorties, voyages et visites, la liaison avec les centres culturels, peuvent également être l'occasion, pour les élèves de Sixième et Cinquième, de se voir confier des missions et des responsabilités.
Trop souvent on sous-estime l'aptitude des jeunes à prendre de telles responsabilités, même en début de scolarité au collège.
Certes, on n'oubliera pas la nécessité absolue de la présence d'un adulte attentif et intervenant par ses conseils ; on devrait aboutir au fait suivant : en fin de Cinquième, tout élève a été responsable au moins deux fois pendant une année scolaire et se trouve ainsi mieux à même de se prendre en charge.
b) EN QUATRIÈME ET TROISIÈME
L'action conduite en Sixième et Cinquième se poursuivra en Quatrième et Troisième, le principal adjoint pouvant alors être le maître d'oeuvre de cette action : on aboutira progressivement à une véritable mise en responsabilité de l'élève, notamment en Troisième. Elle pourrait se réaliser par la participation des élèves à toutes les commissions qui traitent de la vie scolaire.
Cet apprentissage de la responsabilité devrait évoluer en une éducation du choix qu'exige une politique d'auto-orientation bien conduite. En effet, celle-ci doit être pensée comme une préoccupation continue sous-tendant la vie pédagogique et éducative du collège en Cinquième d'abord, en Quatrième et Troisième ensuite. Avec l'aide du conseiller d'orientation, et en liaison avec le professeur principal, l'équipe enseignante et le conseiller d'éducation, le principal adjoint pourrait conduire méthodiquement, tout au long des classes de Quatrième et Troisième, une action éducative qui, poursuivant celle préconisée en Sixième et Cinquième, donnerait à l'orientation sa vraie dimension en ce qui concerne la responsabilité de l'élève dans ses propres choix : une orientation vécue comme une action progressive s'intégrant tout naturellement à la vie scolaire sans qu'elle se limite à des moments ou « journées » et sans qu'elle devienne inversement une obsession permanente.
Il va de soi que, par-delà la politique éducative préconisée ci-dessus, le principal adjoint et le conseiller d'éducation conservent leurs responsabilités spécifiques ; une responsabilité particulière peut revenir à chacun d'eux en matière de vie scolaire, responsabilité au demeurant sans exclusive ni monopole ; les missions qui leur sont ici proposées peuvent être réparties de manière différente ; l'essentiel est qu'ils travaillent « en tandem » et conduisent ensemble l'action préconisée.
3. AUTONOMIE DE L'ÉLÈVE ET CDI.
Par les conditions et les moments de travail qu'il offre, travail individuel ou travail d'équipe, le CDI répond au besoin d'autonomie de l'adolescent et lui donne l'occasion d'être responsable (de lui-même ou d'un groupe) et d'agir (recherche et mise en
oeuvre). Cette éducation de l'autonomie suppose une action suivie de la Sixième à la Troisième, concertée entre le principal, le documentaliste et les professeurs.
Elle devrait trouver sa première expression, dans la mesure où c'est possible, dans une initiation méthodique des élèves de Sixième aux techniques documentaires ; cette initiation serait conduite, selon un programme et des techniques élaborés, à raison d'une heure ou d'une demi-heure par semaine ou par quinzaine, ou selon les possibilités offertes par l'aménagement du temps scolaire, en fonction du nombre de classes de Sixième et des possibilités qu'offrent les locaux. Cette action s'intégrera au travail habituel du documentaliste.
Pour être méthodique, cet apprentissage, reposant sur une collaboration documentaliste-professeur, devrait figurer à l'emploi du temps des élèves de Sixième avec séances de formation complémentaire ou de rappel dans les classes suivantes.
L'objectif à atteindre est simple : que l'élève soit pleinement autonome au CDI, donc capable de travailler seul, dès la fin de la Cinquième, si ce n'est dès la fin de la Sixième.
On peut rejoindre l'action permanente d'orientation qui s'intègre à la vie éducative, dès la Cinquième, par une formation utilisant les documents ONISEP et la constitution par chaque élève de son propre dossier documentaire en vue de l'élaboration d'un projet de devenir.
Dans les établissements non encore dotés de CDI ou de poste de documentaliste, une telle action peut se concevoir dans le cadre des enseignements compte tenu des méthodes et techniques de professeurs volontaires pour cette tâche.
Soulignons que l'« autonomie de l'élève » ne signifie pas « abandon de l'élève à lui-même ». Cette action éducative et pédagogique donne toute sa valeur à une relation d'aide qui peut se concevoir soit entre maîtres et élèves, soit entre élèves.
Elle exige aussi que l'on conçoive un régime éducatif qui ne repose pas que sur un système de contrôle à base de permissions et de sanctions.
Ces propositions d'action éducative concernent tous les élèves de toutes les classes du collège et prennent une valeur particulière pour les sections d'éducation spécialisée.
Apprentissage de la responsabilité et apprentissage de l'autonomie vont de pair, ce qui implique échanges et réflexions en commun entre le principal, ses collaborateurs, le personnel enseignant et les parents.
Ce texte et les annexes qui suivent veulent être incitation et orientation quant à la politique éducative que doit se donner chaque collège. Ils répondent au souci d'un réel épanouissement des adolescents et de la réussite de chacun, en prenant en compte toutes ses possibilités.
La vie scolaire dans les collèges peut ainsi acquérir une expression nouvelle.
Dans la mise au point des initiatives et des décisions, au-delà de la concertation, le rôle du conseil d'établissement et des commissions qui en procèdent s'affirme déterminant.
Une politique éducative cohérente ainsi élaborée, telle que ces textes la proposent, conduit à créer un climat d'ordre et de travail, par la liberté et l'initiative, la participation et la responsabilité.
La relation entre jeunes et adultes, au sein du collège, peut alors s'exprimer, au-delà du règlement intérieur traditionnel, par un contrat éducatif commun à tous les membres de la communauté scolaire.
On devrait également aboutir à un projet de collège : chaque collège, après l'analyse de ses propres données et besoins, peut alors se doter d'un projet d'établissement sur le plan éducatif, première étape de sa rénovation et première expression de son autonomie. ( BO n°23 du 10 juin 1982.)

